Chronique sur le rap et le hip hop

Rap une recherche identitaire ?

Le rap s’inscrit comme le blues le jazz et le funk dans la tradition culturelle noire américaine. Il continue prolonge les mouvements musicaux et culturels qui le précèdent. Seulement il reflète aussi les aspects d’une société en mutation avec l’arrivée au pouvoir de Reagan. D’emblée il s’impose comme un business.

J’ai des chaînes en or, des costumes en cuir, beaucoup d’argent et des filles à la pelle, j’suis le meilleur rapper, j’écrase la concurrence, mon style est unique….

Rap. Origine ancienne. Take the rap / payer pour les autres, don’t give me this rap/sors pas ton baratin. Au tournant des années 80 le Hip hop se fait le miroir des populations noires des ghettos.
Avec le rap, le breakdance et les grafitis cette culture hérite de toutes celles qui l’ont précédé.

Le rapport aux sounds system jamaïcains et les Dj

Années 60 : les sound systems jamaïcains, avec les discomobiles parcourant l’île. Sur les faces B, généralement instrumentales les toasters s’emparent du micro et racontent des histoires.

Les blocks party de New York

Dans les années 76. New York. Block party (on ferme les deux côtés de la rue et on met un service d’ordre, on détourne le courant pour les dj et on fait payer un faible droit d’entrée)
Dj et Mc sont les personnages clé de la soirée.

Les MC et la tradition des Dozen

Voir origine dans la culture orale bien sûr. Chercher sur les dozen, les fameux « ta mère »

Développement de l’électronique dans la musique

On définit souvent le rap uniquement sur le plan musical en donnant les critères purement techniques. Le flow, texte scandé en rythmé sur un fond binaire agrémenté de samples. Dans ce cas on parle ou de Sugarhill Gang ou de Grandmaster Flash.

Mais ce serait oublier l’esprit d’un courant musical. Ce serait prendre Jean Pierre Morin pour un jazzman ou André Rieux pour un musicien classique.
Il y a une conduite et un esprit propres à un mouvement musical.

1979. Sugarhill Gang sort Rappers’Delight et on considère souvent cet évènement comme le premier évènement rap. Ce n’est jamais qu’un boys band réunit pour une opération commerciale visant à exploiter au plus près ce qui se passe dans les block party new yorkaises.

1979, trois mois après R’D, Kurtis Blow sort Christmas Rapping, une comptine traditionnelle de Noël…

1977. Est fondé Sugar Hill Gang. Le trio est monté de toute pièce par Sylvia Robinson, productrice et ancienne chanteuse à succès de Soul music.
Big Bang Hank, Wondermike et Master Gee ont piqué des rimes qui venaient des MC du Bronx, Queens, Brooklyn. Le « truc », gimmick, c’est de parler non stop sur un fond instrumental.

Le label Sugarhill Records, avant l’explosion commerciale des années 80, fait la loi dans le genre. Sylvia Robinson tient encore à faire jouer des musiciens de studio, sans Dj !, et donne une couleur funk à l’instrumentation.
Sugarhill Gang est d’abord une opération commerciale qui ressemble plus à un boy’s band qu’une rencontre musicale.

– Les Dj. Dj kool Herc et Grandmaster Flash

La Jamaïque

– Last Poets 1973.

Jalal Mansur-Nuriddin, Abou Mustapha (percu), Sulieman El Hadi ; groupe fondé en 1969. Ils ont tous des noms musulmans qui témoignent de leur engagement politique. Ils sont en rapport avec Malcom X et le Black Panther Party et sont espionnés par le FBI.

Ils luttent pour les droits des Noirs et envoient un regard perçant et acide de la société américaine.
Ce qui frappe c’est qu’à ses débuts les rappers proposent des textes légers mais tout se durcit au contact des premiers effets de la politique reaganienne. Il leur aura fallu attendre ses effets pour se lancer dans cette lutte des mots contre la froideur d’une administration anti-noire.
Les last poets n’avaient pas besoin d’attendre Reagan pour comprendre que la condition noire devait se défendre.

– Africa Bambataa

Dj et ancien membre d’un des plus puissants gangs du Bronx. Il crée un mouvement non politique contre la violence la haine la drogue et l’exclusion. Un de ses meilleurs amis est tué dans une rixe par un policier. Soulski.
« paix, amour et unité », son slogan. Il propose une charte sur la non violence, le refus de la drogue et en faveur de l’éducation.

Il chante avec James Brown dans un clip aussi kitch qu’enthousiaste. Peace Unity Love & Havin’ Fun. Texte en faveur de l’éducation et de l’amour contre la drogue et la violence.

De 1976 à 1980 Carter avait calmait le jeu dans les minorités par son populisme démocrate. Il privilégia donc l’électorat noir qui avait durant toutes les années 60 lutté pour l’évolution de leurs droits civiques. Carter a fait fortune dans les cacahuètes.

Le secrétariat à l’Agriculture économisa 25 millions de $ par an en supprimant la seconde ration de lait accordée à 1.5 millions d’écoliers nécessiteux qui bénéficiaient de repas gratuits à l’école.

Reagan, la classe américaine

1000 milliards de $ à la défense les quatre premières années. En 1984 ils réalisèrent 140 milliards d’économie sur l’aide sociale mais 180 milliards partirent à la défense du pays.
Il fit faire 190 milliards d’économie fiscale aux classes les plus riches du pays. 350 000 personnes se virent l’aide sociale aux handicapés retirée. De nouveaux critères d’attribution éliminèrent 1 million d’enfants de l’accès aux repas scolaires gratuits qui représentait la moitié de leur alimentation quotidienne. Fin des années 80, 1/3 des familles noires vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Le chômage chez les noirs était 2.5 fois plus élevé que chez les blancs. Le taux de chômage chez les jeunes noirs atteignait 40%. L’espérance de vie des noirs était inférieure de plus de 10 ans que chez les blancs. Le taux de mortalité dans la population noire était plus élevée qu’au Costa Rica ou la Jamaïque. A Washington 42% des noirs entre 18 et 35 ans étaient en prison ou en liberté conditionnelle. Mais les revenus de 1% de la population augmentèrent de 87% en 10 ans, soit 1000 milliards de $.

– Le rap miroir de la société américaine. Il y a une partie du mouvement rap qui a hérité de la culture afro-américaine, allant de Lester Young à Charles Mingus et James Brown. Mais une toute autre partie a traité le problème à l’américaine sans se soucier de Malcom X, Luther King ou la lutte pour les droits civiques. Ils ont simplement voulu par le rap accéder au confort des blancs, à l’argent et les paillettes du capitalisme.
C’est ainsi qu’on voit beaucoup de rappers se contenter de dépenser l’argent qu’ils gagnent sans en acceptant ce que le capital blanc américain est prêt à payer pour qu’ils lui foutent la paix.

Les ghettos sont en voie de tiers-mondisation et l’enthousiasme des débuts est fini.
Un groupe comme Public Enemy arrive à partir de 82 83 et symbolise parfaitement la réaction noire à ce qu’elle est obligée de subir.
Rien à voir avec Run DMC, groupe noir qui fantasme sur la richesse des blancs. Ils sortent en 1986 My Adidas hymne à la marque qui leur propose 1 million de $ pour continuer à faire de la publicité.

Ice T fait et le Wu Tang Clan font de la publicité pour une marque de bière
Hammer pour Kentucky Fried Chicken
Russell Simmons ( Def Jam) est devenu le milliardaire du rap
Malcom X : Le piège de l’homme blanc consiste à pousser le noir à se comporter comme lui, adopter ses codes et ses principes, dont le fric.
Les années 80 semblent avoir fait volé en éclat la profondeur de la lutte identitaire noire en ne laissant qu’un rêve individualiste de réussite sociale.
Il faut revenir à un texte des Last Poets pour comprendre la différence qui s’est faite.